~ Scène 2, suite de la scène 1 ~
Cette Olivia avait l'air bien à l'aise. Elle te surprend comme si de rien n'était, se présente et te parle comme si vous vous connaissiez depuis des années. Je n'aime pas ce genre de familiarité. D'autant plus que je me trouvais ici uniquement dans un but artistique et dans l'espoir de ne faire qu'une avec la nature. Le panorama était somptueux. Il fallait que j'en garde une trace. Je soupirai et m'éloignai de cette pure inconnue. Je m'assis un peu plus loin, sur un tas d'herbe et de feuilles à environ un mètre de l'eau. En toute franchise, je savais qu'elle reviendrait m'ennuyer. Mais mieux vaut anticiper. Je sortis mon carnet et mon crayon. Je tournais les pages doucement, en prenant soin d'en cacher le contenu à cette Olivia qui m'épiait du coin de l'oeil. Personne n'a jamais regardé à l'intérieur. Et personne hormis moi ne regardera. C'est mon jardin secret, ma vie privée. Finalement non, ma vie tout court. Je tendis mon crayon en face de mes yeux pour juger quel serait le meilleur cadrage. Je commençais à griffoner sur l'épais papier quand j'entendis des pas se rapprocher. Je le savais. Je le savais. Je sentais l'agacement monter en moi. Elle s'assit à côté de moi. Je fermai mon livre violement et rapidement .
- Je ne peux pas regarder? Me demanda-t-elle, les yeux brillants.
- Non.
- Pourquoi?
Je ne répondis pas. Je la regardais. Je voyais dans son regard une certaine sérénité mélée à un bonheur envahissant. Etrange. Elle était calme d'apparence, mais joviale à l'intérieur. Trop joviale, même. A côté de moi qui ne suis qu'une pierre vide d'émotions. Elle tourna la tête et fixa l'eau paisible. On aurait dit qu'elle était devenue une autre personne. La petite excitée de tout à l'heure était devenue aussi tranquille que l'eau qui dort. Aussi douce que la brise qui faisaient se balancer les branches des arbres derrière nous. C'en était hypnotisant. Ne crois pas que je veux dire par là que sa présence ne me dérangait plus. Que neni. Elle était toujours aussi parasite. Mais parasite calme, si tu vois ce que je veux dire. Je regardai dans la même direction qu'elle . Nos yeux se plissaient au passage du vent sur nos visages.
- C'est beau n'est-ce pas ?
- Très.
- Tu viens souvent ici ? se risqua-t-elle.
Quelle replique nulle. Digne des plus grands films d'amour américains à deux francs. Je fermai les yeux, espérant trouver au fond de moi, la force de paraître 'aimable.'
- Non, je trainais toujours dans la forêt. A la recherche de calme, soulignais-je. Mais ici c'est incroyablement beau.
- Il n'y a pas beaucoup de gens qui viennent ici. Et tant mieux d'ailleurs. Je suis totalement fan de cet endroit. J'y fais beaucoup de photos.
- Tu fais de la photographie?
- Oui, me répondit-elle avec un grand sourire. Et toi tu dessines non ?
- En effet...
Je respirai à fond et me lançai.
- Pourquoi viens-tu me voir ?
- Tu as l'air gentille.
- Ce n'est pas vrai .
- Tu n'es pas aussi mauvaise que tu peux le prétendre.
- Tu ne me connais pas.
- Je sais reconnaître les gens intéressants quand j'en vois. Tu es différente. Déjà pour venir ici. Il faut le vouloir ! Tu n'as pas l'air d'être le genre de fille qui passent sa vie en ville, on sent la solitude dans ton visage. On sent une certaine fragilité.
Je restais bouche bée. Les apprences sont tellement trompeuses. Ou bien, c'est cette Olivia qui est lunatique, ou a une double personnalité .
- Allez lève-toi !
Elle sauta sur ses deux jambes et attrapa ma main en me tirant vers le haut. Décidemment, je n'arrivais pas à la cerner. Je me fit trainer et laissai derrière moi, mes affaires au sol. Je la vis partir en courant et fouiller dans un grand sac noir. Elle en sortit un gros appareil photo. Elle revint, avec un large sourire, dévoilant toutes ses dents.
- Mets-toi là, je voudrais te prendre en photo ! - C'est ridicule !
Elle prit ma main et me regarda avec ses grands yeux brillants.
- Bon ... Lachais-je.
Elle eut un petit rire et s'éloigna de quelques mètres.
- Et je fais quoi ?
- Assis-toi et bouge plus .
Je n'ai jamais fait de photos. Moi je dessine. J'écris. Mais c'est tout. Etre modèle est plus stressant que je pensais. Je m'assis, gênée, et regarda en face de moi. Après quelques minutes, elle revint vers moi avec ce même sourire presque énervant aux lèvres. Je me relevai et regarda le résultat sur l'écran de son appareil . Waw... Ca n'était pas moi. Enfin si, mais on aurait dit une autre personne. Je le regardais. Elle me regardait. J'étais stupéfaite. Elle repartit en courant à sa place de Photographe et je me laissai prendre au jeu. Elle prit plusieurs photos. Je sentais en moi comme une impression de... joie. Chose qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps. De fil en aiguille, apparaissait sur mon visage un ... 'sourire'. Les photos défilaient et l'ambiance devenait de plus en plus joyeuse. Je m'étais même suprise à l'arroser d'eau. Elle fit de même. De vraies gamines, nos rires s'élevaient dans les airs, tranchant le calme pesant.
Une bonne heure plus tard, la nuit tombait déjà. J'avais froid. Il faut dire qu'en Automne, s'arroser d'eau n'est pas tellement intelligent. Tant pis, je m'étais bien amusée. Cette fille a quelque chose de spécial. Elle a un truc. Je me sens bien avec elle. Elle est vive. Tout mon contraire. Elle a le sourire collé aux lèvres toute la journée, elle a l'air intouchable. Je m'étais même prise d'un sentiment d'admiration envers elle. Et bizarrement, j'étais contente qu'elle ait troublé mon calme. Je repartit, les images de cette belle journée encore en tête .
Et puis tiens, Journal, je te colle une des photos qu'elle a prises.
Il faudrait aussi que je trouve un Prénom. 'Journal' c'est merdique. Ca fait gamin. J'y réfléchirai.
_____________________________________________________________________________________Candie's Diary.Vos impressions ? :D
Mara.
Photo: AsbeautyDies.